Une boule de pétanque, partiellement enfoncée dans un ballon de plage jaune imprimé d’étoiles, le tout posté sur un socle vertical blanc : Hop là, version sport (2009), l’oeuvre de Pierre Fisher présentée la même année dans l’exposition Opération tonnerre à Mainsd’oeuvre, ne manquait pas de convoquer plusieurs images iconiques de l’art, comme celles du pape de M. Cattelan ou d’une voiture de J. Durham, écrasés par d’improbables météorites, ou encore celles de sculptures de C. Brancusi des années 1920, par résonance avec le principe du « socle sur le socle » ou avec la simplicité géométrique des éléments et leurs contrastes de matières. Toutefois, sous des atours triviaux et drolatiques, entre détournement post-moderne et jeu de camping qui a mal tourné, cette association readymade déclenche chez le regardeur un étonnant mécanisme d’empathie vis-à-vis de l’action conjuguée du poids de l’acier et de l’élasticité

de la mousse ; une tension, plastique et perceptive, similaire au principe de « tensegrity» formulé par B. Fuller à propos des sculptures de K. Snelson. Cette tension spécifique, on la retrouve dans un étonnant « relief » de Fisher intitulé Hop là, version sophistiquée (2009). Une boule de pétanque est cette fois maintenue entre un support mural de télévision et un plateau en métal, ceci à l’aide d’un arsenal de cordes, de mousquetons et de tasseaux de bois. Dans cette installation, qui n’est pas sans faire écho à la laitue fraîche coincée entre les deux blocs de granit de G. Anselmo, la démesure des moyens laisse penser que la sphère d’acier est dotée d’une puissance cinétique bien trop dévastatrice pour être laissée sans entraves. Car Fisher récuse l’attitude puriste. Son sens du spectaculaire s’appuie sur des petits trucages (par exemple un câble invisible relie la sphère d’acier au socle en bois et permet de compresser le ballon) et le rapproche d’un R. Bladen écarté du courant minimal historique pour ses méthodes alors considérées comme « illusionnistes » - en réalité de simples jeux de contrepoids afin que ses sculptures parussent défier la gravité. La thèse écrite par R. Morris ne portait pas sur Brancusi par hasard et, chez Fisher, comme chez l’artiste américain, le jeu sur le socle mène, naturellement, à l’éviction dudit socle. C’est le cas de la colonne horizontale de Box # 1 (2009) ou des trois cubes Box # 2 (2010), qui trouvent leur place au sol. Construits en mélaminé bon marché commandé aux quatre coins du globe, ces volumes
conjuguent, avec moult fautes volontaires, la gestalt de Morris, la polychromie de D. Judd, la marqueterie tridimensionnelle en faux bois de R. Artschwager, le tout régi par des variations ou des permutations modulaires et systématiques héritées de M. Bill ou de P. Mogensen. Il est ainsi logique que Fisher, interrogé sur cette question du système, dise vouloir considérer chaque projet d’oeuvre comme un prétexte, une matrice cachée des véritables réalisations, précisément sur le modèle du « MacGuffin », cet objet mystérieux défini par Hitchcock en 1939 comme l’élément moteur de tout scénario. Matthieu Poirier
































































































































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